Trois textes de foi contemporains

Pour indiquer la diversité des types de déclaration et des orientations choisies, voici trois exemples récents : La Concorde de Leuenberg, La déclaration commune sur la doctrine de la justification et la confession d’Accra.

La Concorde de Leuenberg (1973)

 

est une déclaration de reconnaissance mutuelle entre Églises luthériennes et réformées. Elle a initié un mouvement qui s’est développé depuis pour s’appeler aujourd’hui Communion d’Églises protestantes en Europe. Cette concorde a constitué une base commune favorisant les rapprochements notamment en France puisque le texte de la Concorde est cité dans le préambule de la Constitution de l’EPUdF (voir notamment l’article sur l’autorité des Écritures dans les Nouvelles d’Auteuil, n° 259).
La démarche est intéressante. En s’appuyant sur les points sur lesquels tous les réformateurs se rejoignaient, elle cherche à comprendre et à situer dans leur époque les éléments qui ont conduit aux divisions entre luthériens et réformés. Elle se recentre sur ce qu’elle désigne comme l’essentiel de la foi, de manière à ne pas donner trop d’importance à des points qui n’en relèveraient pas. Elle ne gomme ni les différences ni les condamnations historiques, mais en revenant à cet essentiel, elle souligne des points d’accords suffisants pour affirmer qu’une compréhension commune de ces points existe aujourd’hui.

 

En voici un extrait :

4. Avec le recul, on reconnaît plus clairement aujourd’hui ce que, malgré toutes les oppositions, les Églises de la Réforme avaient de commun dans leur témoignage : elles se fondaient au départ sur une expérience nouvelle de l’Évangile comme porteur de liberté et de certitude. En prenant fait et cause pour la vérité reconnue de l’Évangile, les Réformateurs se sont heurtés à des traditions ecclésiastiques de leur temps. Unanimement, ils ont confessé que le témoignage pur et originel de l’Évangile dans l’Écriture est la norme de la vie et de la doctrine. Unanimement, ils ont témoigné de la grâce libre et inconditionnelle de Dieu, manifestée dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ et offerte à quiconque met sa foi en cette promesse. Unanimement, ils ont confessé que seule la mission impartie à l’Église de proclamer ce témoignage dans le monde doit déterminer l’action et les structures ecclésiales, et que la Parole du Seigneur demeure souveraine par rapport à n’importe quelle structuration humaine de la communauté chrétienne. En même temps, ils ont reçu et confessé à nouveau, de concert avec toute la chrétienté, la foi exprimée dans les symboles de l’Église ancienne, foi au Dieu trinitaire ainsi qu’à la divinité et à l’humanité de Jésus-Christ.
On trouvera le texte complet de la Concorde sur le site internet leuenberg.eu.

 

La déclaration commune sur la doctrine de la justification (1999) est le résultat d’un dialogue théologique entre luthériens et catholiques romains. Elle souligne la compréhension commune d’une affirmation fondamentale sans évacuer les éléments d’interprétation différents. L’approche est clairement inspirée de la démarche de Leuenberg : ne pas effacer le passé (les condamnations mutuelles de la confession d’Augsbourg et du Concile de Trente, au XVIe siècle) mais affirmer, par un travail commun approfondi, que l’expression actuelle de cette doctrine n’est pas concernée par ces condamnations. De ce fait, les Églises luthérienne et catholique romaine peuvent affirmer qu’elles en ont une compréhension commune.

15. Notre foi commune proclame que la justification est l’ouvre du Dieu trinitaire. Le Père a envoyé son Fils dans le monde en vue du salut du pécheur. L’incarnation, la mort et la résurrection de Christ sont le fondement et le préalable de la justification. De ce fait, la justification signifie que le Christ lui-même est notre justice, car nous participons à cette justice par l’Esprit Saint et selon la volonté du Père. Nous confessons ensemble : c’est seulement par la grâce au moyen de la foi en l’action salvifique du Christ, et non sur la base de notre mérite, que nous sommes acceptés par Dieu et que nous recevons l’Esprit Saint qui renouvelle nos cours, nous habilite et nous appelle à accomplir des ouvres bonnes.
On en trouve le texte notamment sur le site internet du Vatican, vatican.va.

 

La confession d’Accra (2004)

 

a été adoptée par l’Alliance réformée mondiale, lors d’une assemblée générale à Accra (Ghana). On dit souvent qu’elle est prophétique, car elle est très engagée dans sa condamnation des injustices sociales et environnementales et dans la dénonciation de l’idéologie néo-libérale qui en est désignée comme la cause principale.
Cette confession marque le changement des équilibres au sein des Églises réformées. Le poids principal (non pas financier, mais numérique et dynamique) vient désormais des pays dits du Sud. Nombreuses ont été les voix, dans les Églises d’Europe en particulier, pour prendre distance critique de la lecture du monde qui est faite dans cette confession.
L’Alliance réformée mondiale est elle-même passée par une démarche de rapprochement avec d’autres expressions réformées, donnant naissance à la Communion mondiale d’Églises réformées en 2010. Cette nouvelle entité reprend à son compte la confession d’Accra et invite les Églises membres – dont la nôtre – à en poursuivre l’examen et à se l’approprier.

 

En voici également un extrait, qui précise d’abord dans quel sens le terme de confession est employé.

15. Une décision engageant notre foi (faith commitment) peut être exprimée de diverses manières en fonction des traditions régionales et théologiques : comme confession (confession), comme acte de confesser notre foi avec d’autres (confessing together), comme déclaration de foi (faith stance), comme décision d’être fidèles a` l’alliance de Dieu. Nous choisissons le mot confession, non dans le sens d’une confession doctrinale classique, – l’Alliance réformée mondiale n’étant pas habilitée a` faire ce genre de confession – , mais pour manifester la nécessite ? et l’urgence d’une réponse concrète aux problèmes de notre temps.
16. Prenant appui sur notre tradition réformée, et ayant lu les signes des temps, l’Assemblée générale de l’Alliance réformée mondiale affirme que la justice économique au niveau mondial est un élément essentiel pour l’intégrité ? de notre foi en Dieu et pour notre qualité ? de disciples en tant que chrétiens. Nous croyons que l’intégrité ? de notre foi est en jeu si nous gardons le silence ou si nous refusons d’agir face au système actuel de la mondialisation économique néolibérale, en conséquence de quoi, nous faisons cette confession (we confess), devant Dieu et les uns en face des autres.
On en trouve le texte complet sur le site de la Communion mondiale d’Églises réformées, wcrc.ch (voir le « Communiqué réformé » de déc. 2014).

 

Par le Pasteur Nicolas Cochand

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