Le pasteur Rabaut-Saint Étienne et la Déclaration des Droits de l’Homme

Il est des hommes dont le caractère se forge dans l’adversité, Jean-Paul Rabaut-Saint-Étienne fait partie de ceux-là.

Né le 14 novembre 1743 à Nîmes, il est le fils d’un pasteur et a passé toute son enfance dans l’atmosphère d’angoisse qui entourait sa famille. En effet prêcher au Désert dans les années qui suivent la révocation de l’édit de Nantes était source de grands risques.

Son père, pour assurer sa sécurité l’envoie étudier la théologie à Lausanne où il est consacré pasteur.

Dès son retour en France, il n’a qu’un but : améliorer le sort de ses coreligionnaires.
Les temps ont d’ailleurs changé, les « dragonnades » et les « conversions forcées » ne sont plus de mode : le Régent, Voltaire, les francs-maçons qui doivent à un pasteur de la Rochelle émigré en Écosse la codification de leurs règles ont fait évoluer les mentalités.
Rabaut-Saint-Étienne va profiter de cette atmosphère pour oeuvrer à la reconnaissance du protestantisme. Il prend contact avec Lafayette et le ministre Malesherbes, qu’il sait favorable à ses idées pour imposer à Louis XVI l’édit de tolérance le 17 novembre 1787.

Ce texte accorde aux protestants le droit de vivre en France, d’y exercer une profession, d’avoir un État civil et de faire constater la naissance de leurs enfants.
Les réactions à cette réforme, somme toute limitée, furent enthousiastes : on vit des vieillards faire enregistrer avec leur mariage ceux de leurs enfants et petits-enfants.

La proscription avait duré cent trois ans.

Les événements de 1789 allaient porter Rabaut-Saint-Étienne vers d’autres succès : député du tiers-état il s’affirme lors de la déclaration des droits de l’homme et l’élaboration de la constitution de 1791.
L’article 18 de la déclaration des droits de l’homme soulevait des controverses.
Le comité de l’assemblée l’avait initialement rédigé de la façon suivante :
« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions religieuses ni troublé dans l’exercice de sa religion »

Un Prêtre catholique, membre de la Constituante, qui ne prévoyait pas l’avenir, penchait pour une rédaction plus restrictive :
« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. »

Rabaut-Saint-Étienne, qui connaissait bien les méandres que peuvent prendre des écrits et l’interprétation qui peut en être donnés, prit la parole et proposa une rédaction qui écartait le rappel au respect à la loi et à l’ordre public.
Elle est rédigée de la façon suivante :
« Tout homme est libre de ses opinions, tout citoyen a le droit de professer librement son culte, et nul ne peut être inquiété à cause de sa religion ».
L’assemblée adopta ce texte par applaudissements et fit de Robert Rabaut-Saint-Étienne son président.
A cette occasion, il écrivit à son père, le vieux pasteur dont la tête avait longtemps mise à prix :
« Le Président de l’Assemblée Nationale est à vos pieds. »

Par son action, les protestants avaient repris leur place dans la communauté nationale. La tourmente révolutionnaire n’allait pourtant pas l’épargner. Il ne vota pas la mort du Roi et fut conduit a l’échafaud.

Grâce à lui, modeste pasteur protestant, la France allait devenir, en dépit de périodes confuses : la terreur, le massacre des vendéens et des communards, la décolonisation ratée, la patrie des droits de l’homme et de l’humanité.

 

Par Franz van der Motte

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