La croissance de la population est élevée en Afrique, plus élevée que partout ailleurs dans le monde. La plupart des pays sont pauvres et les conditions de vie difficiles. Les conflits armés sont aussi nombreux sur le continent. Un fort imaginaire qui porte sur l’importance des migrations clandestines venues d’Afrique s’est développé récemment en Europe, entretenu par les médias et certains hommes politiques. Le thème des migrations qu’il faudrait limiter est devenu un thème important dans beaucoup de débats publics en Europe.
Diverses statistiques montrent cependant que la majorité des Africains qui émigrent vers l’Europe le font légalement et arrivent en avion : ce sont des personnes – des hommes et de plus en plus des femmes – qui viennent travailler, faire du commerce etc. En réalité l’Afrique au sud du Sahara est un continent où le taux d’émigration est faible (2,8 %) et où la grande majorité des migrants (70 %) restent sur le continent. Que sait-on sur l’importance des migrations dans toute l’Afrique ? De quels pays viennent les migrants et où vont-ils ? Quelles sont les migrations entre pays voisins ? Que font les migrants dans le pays où ils s’établissent ? Qui sont ces migrants qui décident d’émigrer ?
Mouvements migratoires dans toute l’Afrique

La 1re carte fait apparaitre l’importance des migrations au sein du continent : elles sont intenses et variées et illustrent l’importance des relations entre pays parfois très éloignés. Deux pays situés au sud du Sahara attirent beaucoup de migrants : la Côte d’Ivoire à l’ouest du continent et l’Afrique du Sud ; ces deux pays sont relativement plus avancés que les autres et sont des pôles d’emploi importants (l’Afrique du sud est le pays le plus développé du continent). La Côte d’Ivoire accueille beaucoup de migrants du Burkina Faso, du Mali, de Guinée, du Nigeria… L’Afrique du Sud, puissance industrielle, reçoit des migrants de tous les pays du centre et du sud de l’Afrique. Le Nigeria, qui est le pays le plus peuplé du continent, est un pays producteur de pétrole avec une forte activité économique mais un niveau de développement faible : il reçoit des migrants mais il en envoie aussi dans les pays voisins. Quelques pays au centre de l’Afrique reçoivent des migrants mais à un degré moindre : le Rwanda, l’Ouganda, le Kenya.
Au Nord du Sahara plusieurs pays reçoivent des migrants de toute l’Afrique : c’est le cas du Maroc, mais aussi de l’Algérie, de la Tunisie ainsi que de l’Égypte. Un certain nombre de migrants au Maroc en Tunisie et en Lybie essayent de rejoindre l’Europe mais les coûts sont élevés et il faut avoir les moyens nécessaires. À défaut ils s’installent dans les pays qui les acceptent, comme le Maroc, mais ce n’est pas le cas de tous les pays. D’autres migrants tentent de traverser le Sinaï et de rejoindre Israël pour y travailler.
La 2nde carte illustre le parcours migratoire de quelques individus qui sont parfois partis de très loin (Guinée 1, Côte d’Ivoire 1, Rwanda 2), et ont utilisé divers moyens de transport pour finalement s’installer après un long périple à Maputo (le pays accueille un grand nombre de migrants de divers pays). Les deux cartes illustrent les difficultés rencontrées par les migrants mais aussi la diversité des pays africains ; les distances géographiques, et la complexité de certains trajets. Elles témoignent aussi du dynamisme des individus et de leur capacité d’adaptation. Toutes les migrations ne sont pas dues à des famines et des conflits.
Migrations de voisinage entre pays proches
Émigrer vers un pays voisin coûte moins cher et est en principe plus facile. On peut souligner deux causes qui entrainent des mouvements de population d’importance très variable :
• La découverte de nouvelles mines : une ruée sur l’or, la recherche de pierres précieuses ; la découverte de mines de cobalt, de fer…
• Les migrations forcées suite à des conflits armés dans le pays d’origine, entre groupes ethniques… Plus de 15 millions d’Africains sont des réfugiés ayant dû quitter leur village, leur pays suite à des conflits comme en Somalie, au Soudan, en Érythrée, en Éthiopie… Les principaux pays qui les accueillent sont le Kenya, la Tanzanie, le Tchad, en général des pays assez pauvres. Les personnes réfugiées vont soit vivre dans des camp gérés par l’ONU (HCR), soit ils s’installent dans les villes comme artisans, épiciers, commerçants…, soit ils vont vivre en zone rurale si le pays d’accueil leur facilite l’accès à la terre (comme l’Ouganda ou la Zambie…). Beaucoup ne souhaitent pas aller dans un camp géré par le HCR car ils devraient ensuite retourner dans leur pays d’origine, parfois après de longues années.
En dehors de ces cas il y a des migrations « normales » entre pays voisins : des personnes qui s’installent durablement dans différentes villes d’un pays voisin, y font du commerce, ouvrent des petits restaurants… Ces migrants sont souvent bien insérés en zone urbaine ou parfois en zone rurale. Là où ces migrations sont importantes des tensions peuvent émerger avec les populations locales ; il ne faut pas sous-estimer les possibles violences xénophobes ou les refoulements des migrants par les autorités dans certains pays (Afrique du sud, Tunisie).
Qui sont les Africains qui émigrent de leur propre choix ?
Les personnes qui émigrent volontairement sans être soumises à des pressions particulières sont souvent des personnes instruites, parfois diplômées de l’enseignement supérieur, capables de parler 4 à 5 langues africaines et européennes. Ils ne trouvent pas d’emploi satisfaisant dans leur pays : ils cherchent alors à aller ailleurs et émigrent. Ce sont souvent des hommes, mais il y a aussi des femmes seules, pour qui l’émigration est synonyme d’émancipation. Il y a aussi des jeunes qui veulent étudier : le Maroc est devenu un pays qui attire beaucoup de jeunes voulant faire des études supérieures. Les études ne sont pas gratuites : les jeunes doivent payer des droits de scolarité mais cela revient moins cher que d’aller faire des études en Europe. Il y a enfin des « aventuriers », terme revendiqué par des jeunes pour qui émigrer serait alors une manière de se construire en tant qu’individu adulte. Au total parmi les Africains qui émigrent de leur propre choix, il y a beaucoup de jeunes adultes très déterminés, déjà bien formés, parlant plusieurs langues, et qui ont déjà développé de nombreuses « compétences » spatiales.
En bref
Quand on analyse le phénomène des migrations à l’intérieur de l’Afrique, on note une grande diversité de situations et de causes des migrations. Un nombre important de jeunes et d’adultes, d’hommes et de femmes subissent des violences et sont obligés d’émigrer pour y échapper. Mais il y en a aussi beaucoup qui émigrent vers un pays voisin pour vivre la vie normale qu’ils ont choisie. Il y en a enfin qui sont ambitieux et qui émigrent pour être maitre de leur propre vie.
Rédigé par Françoise Caillods
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