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Existe-t-il un besoin de croire ?
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Jean-François DORTIER – 15 décembre 2018

Fondateur de la revue « Sciences Humaines » qui occupe un vaste champ (philosophie, histoire, sociologie, psychologie…), Jean-François Dortier a créé une nouvelle discipline, l’HUMANOLOGIE, qui analyse, entre autres, l’avantage et le désavantage d’être seul. Beaucoup de sujets y sont traités : la philosophie de l’enfant, l’anthropologie!
Mais y a-t-il un besoin de croire ?
Quelques théories mais les problèmes sont complexes ; il faut faire son « magasin d’idées » (Rousseau) pour essayer de comprendre. Le conférencier, de naissance et d’éducation catholique, est devenu plutôt athée, mais, l’âge venant, il revient à la crédulité. Il s’est converti, il y a quelques années, au shintoïsme qui consiste à faire de petits cultes aux animaux les plus divers. Cette religion ressemble aux religions premières qui vénèrent des dieux par milliers, où il y a des temples etc.
Mais qu’est ce qu’une religion ?
Pas très facile à définir ; dans un cadre plus large, il faut parler de phénomènes religieux qui ont toujours existé. JF Dortier définit 4 critères ; il faut :
1. une croyance en l’au-delà : un monde spirituel « peuplé » d’esprits, de divinités, peuplé de dieux qui ont des super pouvoirs dans un au-delà ;
2. un culte : Dieu, les divinités, les esprits! on leur demande quelque chose. Ils peuvent nous punir. Mais on leur fait des offrandes, on fait des prières et on construit une liturgie ;
3. une morale : individuelle, sociale où l’on définit le bien ou le mal ;
4. des médiateurs : prêtres, rabbins, imams, pasteurs ou des objets, des lieux sacrés, pour pouvoir y accéder.
Pourquoi croit-on en de telles choses ?
C’est bizarre, tous ces êtres avec des super pouvoirs : Marie vierge qui a enfanté, l’éléphant Ganesh, tous les êtres mythiques, les héros de la mythologie etc. Trois hypothèses ont été proposées par les psychologues de la religion :
1. au coeur des humains, il existe un besoin de croire, un désir de transcendance ;
2. la thèse de la consolation qu’il appelle joliment le « Joker métaphysique » pour résoudre l’angoisse de la mort ;
3. la thèse de la croyance : pourquoi croit-on à des choses bizarres, incroyables ? C’est le couple croyance-connaissance ?
1. Besoin de transcendance
Ce besoin de croire s’apparente à un besoin de transcendance ; on imagine que l’être humain, dès lors qu’il observe la nature, voit des choses qui le dépassent : le soleil, l’apparition de la nuit, le tonnerre, de nombreux évènements naturels parfois exceptionnels qui le surprennent. On donne à la nature un caractère sacré ; Rudolph Otto parle de la théorie du « numineux ». Émerveillement plus crainte, c’est le début de la croyance et des esprits créent. Il y a un animisme naturel qui nous pousse à croire à une âme de l’au-delà.Ce dualisme corps-esprit est apparu bien avant Descartes.
La psychologie évolutionniste avec Piaget qui a décrit l’enfant animiste ; la nature serait dotée d’esprit, c’est le développement et le succès des contes. Les enfants sont animistes comme les chasseurs-cueilleurs, animistes bien connus vivant dans la nature. L’enfant sait bien que son chien et son chat ne parlent pas ; il accepte très tôt la différence entre le rêve et la réalité.
C’est la dualité : le monde d’ici-bas et le monde de l’au-delà.
La thèse de certains psychologues est que l’animisme est universel (ou presque) et qu’il est même accepté par les laïcs ; ainsi le mystère de la physique quantique : on reconnait un phénomène qu’en fait on n’explique pas. Les médecins acceptent des guérisons miraculeuses ou en tout cas inexpliquées : le pouvoir « magique » des placebos!

Des choses mystérieuses qu’on ne sait pas expliquer, donc nous devons vivre avec cette dualité. La dualité du monde magique et ordinaire que l’on appelle la psychologie évolutionniste. La croyance en Dieu est un problème très complexe : un monde parallèle influencé par des choses invisibles ; le thème s’appuie sur un pouvoir d’imagination extraordinaire ; on s’interroge sur l’avant… avant et sur l’après… après. L’imaginaire, cette aptitude mentale à fabriquer un autre monde.
MAIS contre-argument : on peut inventer SANS y croire et cela n’explique pas pourquoi on y croit ! Pourquoi lui accorde-t-on un certain crédit ?
2. Thèse de la consolation
La religion est une consolation face à l’angoisse de la mort : un « joker métaphysique ». Pour autant 2 contre-arguments se dressent :
– Si la religion est une consolation, pourquoi a-t-on inventé l’enfer ? Dieu nous menace de l’enfer, le feu de l’enfer ; il existe un petit espace pour le paradis. Pourquoi cet au-delà est-il aussi ambivalent ? Le livre des Morts des tibétains, même chez les gréco-romains, Hadès.
– Cette dualité cadre mal dans l’immensité des religions, elle est une réponse aux épreuves de la vie ; on demande des choses pour se protéger de la vie : l’agriculteur demande de la pluie, le chasseur un bon gibier. On demande à Dieu de nous protéger, l’essentiel des cérémonies religieuses est une protection terrestre. Il faut résoudre les problèmes des VIVANTS ; et même il faut « y croire ».
3.Thèse de la croyance
Comment peut-on croire à des choses pareilles ? La Genèse, Ève, le Déluge… Quand on observe les gens, ils croient sans croire ; dès qu’il y a un discours, par exemple le récit de la Création, mais que faisait Dieu AVANT… Saint-Augustin, le judaïsme, ne pas prendre les récits au PREMIER degré !
Les premiers textes de la Bible doivent être pris de manière allégorique : Jérusalem Céleste, la Cité de Dieu ; ce n’est pas un discours littéral, c’est un discours allégorique. Puis c’est la superposition des discours (Saint-Thomas d’Aquin) ; je crois par exemple à l’Amour (mythologie au premier degré ou discours historique).
Je fais une lecture spiritualiste, métaphysique, deux discours irréfutables. Régime de croyance entre la foi et le doute complet ; on croit sans croire. Mais si on assume la multiplicité des discours (moral…) avec des degrés d’adhésion plus ou moins forts, toutes les religions ont une capacité d’adhésion fantastique. 44 % des catholiques croient à la réincarnation, le pire pour les bouddhistes, alors qu’actuellement le « dogme » nous apprend que l’on ressuscite ! Comment s’en sortir ? C’est un débat métaphysique : si on croit, si on ne croit pas, c’est chaque fois un mystère.
Conclusion
L’homme est un animal imaginatif ; il a donc un penchant naturel à croire, il est poussé à croire. La croyance sert à vivre, c’est un « kit existentiel », un remède aux problèmes de l’existence. Il peut s’agir d’une vision de soi très héroïque (les saints, les martyrs…) ou d’une vision très simple, d’un humanisme ordinaire. On croit car c’est irréfutable ; il y en a pour tout le monde : croyance métaphysique, mystique, bigote ou érudite.
Dieu est mort » (Nietsche) ; « Nietsche est mort » (Dieu)
Deux ouvrages sur les religions, publiés aux éditions Sciences humaines, sous la direction de Jean-François DORTIER et Laurent TESTOT:
• La religion. Unité et diversité (2005) épuisé mais disponible en e-book
• Les religions. Des origines au IIIe millénaire (2017)