Résumé rédigé par Loïc Steffan

La collapsologie étudie la combinaison des problèmes climatiques et des ressources renouvelables et non-renouvelables (comme le pétrole) pour envisager la possibilité d’un effondrement de nos civilisations à cause du caractère systémique de ces crises. Le néologisme de collapsologie a ceci de puissant qu’il propose un concept fédérant les connaissances de plusieurs sciences et par là, il permet de nommer l’innommable : la fin d’un monde, celui de notre civilisation thermo-industrielle et de son système capitaloconsumériste. C’est un nouveau courant de réflexion qui fédère des connaissances issues de champs de recherche très différents mais qui répondent chacun dans leur domaine aux exigences de la falsifiabilité : biologie, géologie, science des énergies, théorie des systèmes, écologie, climatologie, économie, etc. Ces champs de recherche sont régis par des paradigmes et des protocoles différents ce qui fait qu’il est extrêmement complexe de les unifier. On ne peut donc parler de science.
Nous parlons de courant de pensée. Il convient donc de rester prudent (et non méfiant) quant à la connaissance du monde qu’induit la collapsologie et son efficacité à relier les différents concepts. La collapsologie a le défaut de proposer un mille-feuille argumentatif. Il faut donc faire le tri pour vérifier, un à un, la robustesse de ses arguments. Elle demande donc un investissement cognitif important. Les collapsologues prédisent donc un scénario catastrophe inédit semble-t-il. Mais cette annonce a un intérêt. Repensons à l’équation du nénuphar proposée par Jacquard. Il ne s’agit pas, pour les plus sérieux d’entre eux, d’annoncer une fin du monde apocalyptique mais de nous alerter sur les excès de la modernité. Ce n’est pas une croyance à la fin du monde. Il n’y a pas de salvation possible et la séquence habituelle, injustice, chaos, lutte entre le bien et le mal avec victoire finale du bien puis rédemption pour les justes. Il y a une forme d’absurdité qui nous révolte et qui nous pousse à réagir. C’est d’ailleurs ce que montrent nos enquêtes de l’Obvéco (Observatoire des vécus du collapse).
Les collapsologues ne sont pas démobilisés mais se mobilisent pour changer la société. Nous n’avons, semble-t-il, que très peu de temps pour nous préparer à faire face concrètement au collapse. Il ne faudrait toutefois pas céder à l’urgence, souvent mauvaise conseillère. Le collapse, quelles que soient ses formes, nous interroge de deux manières au moins. D’abord, dans nos habitudes de vie. Ensuite dans nos états d’être, entendu comme rapports au monde et à la vie. En cela la collapsologie est intéressante. Elle peut conduire à une conversion du regard que les philosophes appellent métanoïa. Il n’est pas étonnant de constater que les croyants, familiers de ces questionnements, se retrouvent dans les acteurs du changement ou comprennent ce discours.
Un autre intérêt de la collapsologie est de proposer des scénarisations du futur qui permettent d’induire des réflexions sur les dilemmes moraux auxquels nous devons faire face, notamment sur la part maudite au sens de Bataille ou sur la notion de justice sociale et climatique. De cette scénarisation découle une réflexion sur les actions possibles. Les scénarii très noirs peuvent être lus dans une perspective girardienne8. Ils agissent comme des repoussoirs. Comme quand la bible met en scène une violence injuste qui frappe des innocents (pensons à l’histoire de Joseph battu par ses frères). On comprend dès lors qu’il faut mettre fin à la logique du bouc-émissaire, au désir mimétique et à la violence. Les scénarios plus positifs sont des espérances qui nous indiquent les actions à entreprendre pour un futur désirable. Il s’agit d’espérance raisonnable puisqu’on parle d’effondrement. Pas de futur radieux. Le rapport à l’éthique de la joie, très spinoziste est important. Rappelons-nous que, dans les périodes noires9 , ceux qui perdent espoir sont les premiers à sombrer. Au final la collapsologie est un véritable exercice existentiel. Elle nous interroge sur la façon de cultiver un rapport et une présence au monde et nous rappelle à quel point cela est fondamental. Elle nous apprend à trier entre le nécessaire et l’accessoire.
Résumé rédigé par Études et Recherche

Après avoir commencé le cycle par une revue historique des croyances de fin du monde depuis l’antiquité jusqu’à celles planétaires d’aujourd’hui, le Professeur Loïc STEFFAN, théoricien de la collapsologie, professeur d’économie et expert en sciences sociales, venu d’Albi, nous a esquissé une théorie de l’effondrement de la société : catastrophe ou défi ? Certes, nous étions somme toute assez nombreux pour cette conférence en dépit d’une grande grève sur les retraites, un autre défi dans ce défi mondial plus vaste, le thème était si nouveau que l’assistance est restée muette pendant plus d’une heure avant d’approfondir le sujet par des questions pertinentes.
Ce mot collapsologie nous vient de l’anglais collapse (écroulement ou crash) et du grec λογοσ (l’écrit ou la connaissance logique). L’exposé, très didactique comme à la Sorbonne, a parfaitement suivi le titre de la conférence, à savoir une présentation très académique de l’effondrement par de nombreuses courbes pour nous expliquer la compréhension de cette théorie, puis dans un second temps par les dernières réflexions des savants de cette science nous permettant d’envisager une évolution plus optimiste, une nouvelle religion de l’humain en quelque sorte.
Les articles dans la presse explosent, témoignant de la nouveauté et de l’intérêt du sujet : 5 articles en 2015, 10 articles en 2018, 650 articles en 2019 depuis le choix du conférencier en début d’année. Comme toutes les sciences, la collapsologie se décline en 3 étapes, d’abord la théorie (peu de modèles), puis la vulgarisation (liens entre tous les modèles de qualité variable) et enfin l’impact sur le grand public (rejet ou adhésion, primauté de l’imaginaire).
Regardons d’abord le modèle prospectif et mathématique de Meadows (ci-contre). Le tableau de Meadows retient 6 variables pour un scénario « business as usual », c’est-à-dire sans changement majeur :
– stock de ressources non renouvelables,
– population,
– nourriture par habitant,
– service par habitant,
– production par habitant,
– pollution.
Leur évolution est reprise depuis 1900, puis les trajectoires prévues en 1972 sont rapprochées de la réalité et s’y superposent (dernière mesure en 2014) avant d’être extrapolées sur la fin de ce siècle où tout s’accélère.
Toutes ces courbes qui intègrent les changements climatiques et la dégradation de l’environnement nous éloignent des traditionnelles courbes exponentielles qu’on nous montre toujours, pour les substituer par des courbes en cloche montrant un pic en 2030 (prochaine crise pouvant en être le déclencheur) traduisant le déclin de la population et le collapse économique sur un horizon s’étalant de 2050 jusqu’en 2100. Tous ces paramètres étant cumulatifs et leur complexité devenue le moteur du modèle social, le chaos pourrait venir rapidement.
Dans le modèle de Rockström, neuf limites planétaires sont définies :
– trois sont déjà franchies : concentration en CO² > 350 ppm, 6e extinction de la biodiversité, cycle azotephosphore pour une agriculture renouvelable ;
– quatre ne sont pas encore franchies : usage des sols et déforestation, eau douce, couche d’ozone, acidification des océans ;
– deux ne sont pas calculables en l’état : pollution chimique et concentration des aérosols.
Plusieurs hypothèses peuvent être envisagées pour le futur de l’humanité en fonction de la bio-capacité (il n’existe aucun exemple de système à la croissance infinie) : durabilisme (mise en place d’alternatives peu probables), décroissance (adoption de nouveaux modes de vie), effondrement (effet de retard sur les phénomènes et chute rapide) et chaos (guerre de tous contre tous).
Laquelle de ces hypothèses allons-nous mettre en œuvre ? Là encore, nous avons quatre critères : facile ou difficile à faire (ne plus manger de viande ou tout isoler), rapide ou lent (choix individuel ou politique), impact ou sans impact (avion ou l’eau qui s’écoule quand on se lave les dents) et la bonne question ou la mauvaise (nucléaire ou la biomasse).
La notion d’espérance reste fondamentale si l’on veut éviter les difficultés de la même manière que celle qui permet de guérir d’un traumatisme personnel (décès, suicide, choc émotionnel). En d’autres termes, l’humain prime sur son plaisir immédiat, la relation au sein d’un petit groupe proche et coopératif, primant sur l’individualisme du casque branché sur le smartphone, ne serait-il pas l’espoir d’un jeu gagnant-gagnant ? Cela ne vous rappelle-t-il pas certaines valeurs tombées en désuétude ? Ou la collapsologie une nouvelle religion ?
Quelques références
• En attendant d’écouter l’enregistrement de la conférence sur le site d’Études & Recherche, vous pouvez consulter le blog du conférencier à l’adresse suivante : http://loic-steffan.fr/WordPress3/ Vous pourrez lire en particulier son article « Religions et écologie » de février 2019 http://loic-steffan.fr/WordPress3/religions-et-ecologie/
• Vous pourrez aussi compléter par quelques ouvrages sur la théorie de l’effondrement et les moyens de s’en sortir :
– Effondrement de Jared Mason Diamond – Gallimard 2006
– Une autre fin du monde est possible de Pablo Servigne – Seuil 2018
– Pourquoi tout va s’effondrer de Julien Wosnitza – Les liens qui libèrent 2018
– Les limites à la croissance de Donella Meadows – Rue de l’échiquier 2012

• Vous pourrez aussi écouter les conférences à France-Culture et au CESE :
Afin de visualiser les vidéos il est nécessaire d'accepter les cookies de type analytics
Afin de visualiser les vidéos il est nécessaire d'accepter les cookies de type analytics
ainsi que les détracteurs de l’effondrement :
Afin de visualiser les vidéos il est nécessaire d'accepter les cookies de type analytics