C’est un sujet très controversé et menacé par les « populismes » qui s’étendent sur de nombreux pays européens
Les migrations à l’échelle mondiale
À partir des années 90, on observe une généralisation de la mobilité, avec l’accès à un passeport. Il devient facile de sortir de son pays mais difficile d’entrer dans un autre : « droit de sortie mais pas droit d’entrée ». Le système des visas a beaucoup réduit le droit d’entrée. Le visa ne dépend pas seulement du profil de la personne mais aussi des relations entre le pays qui délivre le visa et le pays d’origine du demandeur. C’est l’inverse de ce qui se passait au XIXe et au début du XXe siècle : il était alors difficile de sortir de son pays mais facile d’entrer dans un autre. La population était considérée comme une ressource (agricole, économique, guerrière…). La régularisation des sans-papiers était facilitée dans la mesure où les pays avaient besoin de main-d’œuvre.
Les migrants
D’après la définition internationale des Nations Unies, un migrant est une personne qui vit dans un pays différent de celui où il/elle est né. Il y a actuellement 287 millions de migrants internationaux pour 8 milliards d’habitants, soit 3,5 % de la population mondiale.
La migration a toujours accompagné l’histoire de l’humanité ; ainsi l’histoire de la Méditerranée depuis l’antiquité s’est construite grâce aux migrations, aux échanges culturels et commerciaux, ainsi qu’aux guerres et conflits. L’idée d’autochtonie est très relative ! En France 25 % de la population a un grand-parent ou un arrière-grand-parent étranger ou même plusieurs.
En France, il y a 300 000 entrées légales dont 100 000 demandeurs d’asile chaque année.
À côté des migrants internationaux, qui traversent une frontière, il y a aussi des migrants internes, qui migrent à l’intérieur de leur pays, environ 750 à 800 millions dans le monde. Ils sont 240 millions en Chine (même si les paysans n’ont pas le droit d’aller en ville sans passeport), 60 millions aux USA, 87 millions en Europe (au sens large avec Russie, Moldavie…), 88 millions en Asie, 26 millions en Afrique, 15 millions en Amérique latine et 10 millions en Océanie.
En Europe, les migrants internationaux sont surtout des étudiants puis des demandeurs d’asile, des familles, des demandeurs de travail. Ces migrants ne sont pas les plus pauvres : ils ont économisé pour payer les passeurs… Les plus pauvres sont sédentaires sauf si leurs déplacements sont liés à leur environnement (pêche, agriculture, élevage…) : ce sont alors des migrants internes dans leur pays ou internationaux mais dans le pays d’à côté.
Il y a autant de migrants au nord qu’au sud de la planète : 140 millions de chaque côté de l’équateur. Au nord, les migrants viennent surtout du sud, mais aussi du nord. Au sud, ils viennent surtout du sud, mais aussi un peu du nord (séniors au soleil, jeunes qualifiés…).
Il y a des grandes zones migratoires : dans toutes les régions du monde, il y a plus de migrants qui viennent de la même zone que de gens qui viennent d’ailleurs. Par exemple, en Europe, 33 % des migrants sont européens, venant surtout de l’Europe de l’est. En Asie l’essentiel des migrants viennent de pays asiatiques.
Le « grand remplacement » a existé : c’est celui des indiens par les européens aux États-Unis et au Canada. C’est aussi le cas, dans une moindre mesure, en Amérique Latine et en Australie.
Ailleurs les migrants ne représentent qu’une petite partie de la population : 13 % en Allemagne, 10 % en France (premier pays d’accueil dès le milieu du XIXe siècle, en raison du manque de main d’œuvre).
Les causes de la migration
On n’arrêtera pas la migration ! C’est une tendance dans le monde entier. L’idée qu’on va faire la guerre aux migrants et arrêter les migrations (programme de certains partis politiques européens) est une idée erronée.
La mobilité est une forme de modernité pour les pays du sud, pour les jeunes scolarisés sans travail, qui veulent ressembler aux jeunes occidentaux, qui cherchent des emplois qualifiés et rémunérateurs, qui ne peuvent pas mettre en œuvre leur projet de vie dans leur pays à cause de la guerre, du manque d’emploi, d’un régime corrompu, de la radicalisation religieuse pour les femmes. Dans certains pays, partir est la seule solution. Les gens sont poussés hors de chez eux par les conditions de vie dans leur pays, par la guerre civile (par exemple au Soudan et au Darfour : 7 millions de départs). Ils ne viennent pas pour la sécurité sociale ni pour la retraite mais pour la paix, et pour vivre dignement.
D’une manière générale il faut noter l’importance de la langue, des passeurs, des diasporas (familles ou connaissances déjà installées ailleurs) et des réseaux de communication (portable, télévision, internet) qui entretiennent des rêves de voyage et de revenus dans des pays qui cherchent de la main d’œuvre.
Les migrations entraînent des transferts de fonds : 555 milliards de dollars sont envoyés chaque année par les migrants du monde entier vers leur pays d’origine ; cela va dans les familles, les associations qui s’occupent du développement local (accès à l’eau, santé, scolarisation…) et … les passeurs.
Les rapports entre migrations, démographie et natalité sont plus complexes. L’âge médian (même nombre de gens plus jeunes que de plus âgés) est de 42 ans en Europe aujourd’hui (28 ans en 1950), 27 ans au Maghreb, 19 ans en Afrique sub-saharienne. Le sud est plutôt pauvre et jeune ; le nord, plutôt riche et vieux. Mais le pays d’où il y a le plus de départs en Afrique n’est pas le Niger avec 8 enfants par femme mais la Tunisie, où Bourguiba a mis les femmes à l’école et a développé le planning familial.
L’Europe vieillit, comme la Russie et le Japon. Pour équilibrer la pyramide des âges, pour avoir autant d’actifs que d’inactifs, une migration de remplacement est nécessaire, pour des raisons socio-économiques (Joseph Grinblat, étude pour l’ONU). L’Europe est attractive car elle a besoin de main d’œuvre (médecins, informaticiens, soins à la personne, bâtiment…).
Les crises et conflits provoquent des migrations forcées, essentiellement vers le pays voisin (90 % des réfugiés). Ainsi, par exemple : 6,5 millions de Syriens ont quitté leur pays : 4 millions ont été accueillis en Turquie, 1 million au Liban, 35 000 en France, 1 million en Allemagne.
Il y a aussi des migrations environnementales dues à la montée des eaux et aux risques d’inondations (Bangladesh, îles du Pacifique comme les Maldives…) ou à la désertification (Sahel, Niger, Maghreb…). Le réchauffement climatique et la fonte des glaciers vont entrainer la montée des eaux. Or, un pourcentage élevé de la population vit au bord de la mer. Les catastrophes ont toujours existé, certaines sont peut-être exagérées comme responsables de la destruction du monde mais les migrations font partie des solutions possibles.
Conclusion
Les migrations ne vont pas s’arrêter car elles sont inscrites dans la mobilité du monde. L’idée de les arrêter est fausse et dangereuse. Consacrer de l’argent à l’intégration des migrants plutôt qu’à une prévention un peu illusoire serait une meilleure approche.
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