Suzanne De DIÉTRICH

Conférence de Henri MELLON Ingénieur, Directeur de l’Association De DIÉTRICH et Gérard LACOUR, Chef d’entreprise – 11 mars 2023

Résumé en PDF

 

 

Issue d’une famille alsacienne de tradition luthérienne, Suzanne de Diétrich est née en 1891 à Niederbronn-les-Bains. Elle était la grand-tante d’Henri Mellon, qui l’a connue à travers des parties de Scrabble alors qu’elle était aux 2/3 de sa vie.

 

Suzanne de Diétrich, après avoir obtenu un diplôme d’Ingénieure en électricité à l’école Polytechnique de Lausanne (première femme diplômée dans cette école) en 1913, se passionna pour l’étude de la Bible, sans avoir suivi de formation théologique universitaire, étude qu’elle porta à un très haut niveau de recherche et d’analyse notamment dans un livre remarquable traduit dans une trentaine de langues et connu dans le monde entier, Le Dessein de Dieu ; elle écrira un second ouvrage entre 1942 et 1945 Le Renouveau Biblique. Ces deux ouvrages auront un retentissement mondial.

 

Très vite lors de ses études, elle s’engage pour y être très active dans l’Association Chrétienne d’Étudiants.

 

Elle appartient à une famille d’industriels fidèle à la tradition de foi du Ban de la Roche inspirée par les pasteurs Frédéric Oberlin (1740-1826) et Tommy Fallot (1844-1904).

 

Depuis 1914, la question de son avenir d’ingénieure, éventuellement pour travailler dans la société familiale, est tranchée par sa participation en février au congrès de la Fédération Française des Associations Chrétiennes d’Étudiants : la Fédé.

 

Tout le reste de son existence elle s’engagera en faveur de l’œcuménisme et surtout elle va participer à la création en 1939 de la Cimade, comité intermouvements auprès des évacués.

 

En 1941, elle participe avec des pasteurs et des laïcs, dont 3 femmes, à la déclaration des thèses de Pomeyrol, affirmant l’opposition et la résistance de l’Église réformée de France au nazisme.

 

En 1946, elle fut nommée à l’institut de Bossey en Suisse ; jusqu’en 1954, elle organise, malgré sa charge de travail et son handicap physique, de nombreuses rencontres et des séminaires réunissant théologiens, pasteurs et laïcs.

 

Elle représente l’une des grandes figures, avec Marc Boegner, du mouvement œcuménique des églises.

 

Les prises de position très claires de Suzanne de Diétrich, notamment à travers ses écrits, diffusés dans le monde entier, contre le nazisme et les accords de Munich, auxquels elle très opposée ont conduit à des échanges très rudes avec des pacifistes de tout bord, notamment Jacques Ellul.

 

Elle va partir en 1954 faire plusieurs voyages à l’étranger notamment au Canada et aux États-Unis pour y donner des conférences avant de se retirer en 1979 à la maison des Diaconesses de Strasbourg où elle s’éteint 2 ans plus tard.

 

Elle est enterrée au cimetière de Windstein où reposent d’autres membres de la famille de Diétrich.

Mais avec Suzanne de Diétrich, c’est aussi le christianisme social, qui a inspiré d’importants mouvements dans l’entreprise à travers une réconciliation entre la spiritualité et la vie économique.

 

Aussi nous avons eu l’intervention dans une seconde partie de Gérard Lacour, depuis 50 ans chef d’entreprise dans l’industrie du textile, toujours en activité. Engagé dans l’église protestante où il a des fonctions de Président du Conseil Presbytéral, trésorier, prédicateur laïc, il est membre des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens.

 

Gérard Lacour rappelle ainsi l’attachement de Suzanne de Diétrich à un « christianisme social et économique ».

 

En retrouvant les terres du Ban de la Roche, berceau du droit social protestant, Suzanne de Diétrich affirmait : « j’aime chercher mes racines spirituelles dans ces terres ».

 

Elle souhaitait qu’on l’appelle « catholique réformée ».

 

Elle s’est intéressée au travail des enfants, thème cher au pasteur Oberlin.

 

L’idée de patron chrétien fut aussi un thème de sa réflexion, voire un véritable dilemme avec en 1945, le renouveau du christianisme social.

 

Ce christianisme s’est beaucoup développé grâce à une collaboration entre l’Église catholique et l’Église réformée à travers une nouvelle pensée sociale chrétienne adaptée aux enjeux de demain. Ce sera aussi un des défis de Suzanne de Diétrich.

 

Sa vie faite aussi de courage et son œuvre littéraire en témoignent de façon spectaculaire à travers la « foi du cœur et de l’intelligence »

 

 

Quelques extraits de lettres et de livres

 

Dans son livre Pressens-tu un bonheur de 2005, Frère Roger raconte comment sa rencontre avec Suzanne de Diétrich fut capitale pour l’histoire de Taizé :

 

« Dans les débuts de notre communauté, nous étions conscients des hésitations qui pourraient surgir en nous, ces moments où le oui et le non se heurtent. Et nous nous demandions ; comment allons nous tenir dans l’appel que Dieu nous adresse.

 

J’avais écrit un texte sur notre recherche et je ne peux pas oublier un entretien avec une femme qui l’avait lu. Infirme depuis sa naissance, elle était écrivain et avait une grande connaissance du Nouveau Testament. Elle m’a dit : « Vous craignez de ne pas pouvoir persévérer ? Mais l’Esprit Saint est là, il est assez fort pour soutenir une vocation tout au long de la vie. »

 

Avec mes frères, peu à peu nous avons compris que l’Esprit Saint était toujours présent et qu’il conduirait notre chemin. Et il devint évident que, pour demeurer fidèles, nous avions à nous engager pour l’existence entière. »

 

Courrier adressé par Adèle Pfalzgraf (Fairfax) à sa sœur Suzanne (Lausanne) (Le Diétrich N°4)

 

29 août 1912 : Soif … d’hier …Quand moi, je suis fatiguée, je prends du Coca Cola. On a ça aussi en Europe. C’est une boisson mousseuse mais je ne suppose pas que cela agisse sur le cerveau. Moi, cela me fait du bien physiquement…

 

18 septembre 1912 : Un choix difficile … Je me demande tant ce que tu feras et suis en somme très déçue de ce que tu fasses tout ce travail sans enthousiasme. Dans ces conditions, tu ne devrais pas aller en Alsace du tout, car, entrer dans des conditions aussi difficiles, si ce n’est pas ton choix … Enfin, il y a encore du temps …

 

17 mars 1913 : Vocation … Je pense souvent à ce que tu m’as écrit que les machines ne t’intéressaient pas ! Moi qui les aime tant. C’est un monde, une merveille que tant d’inventions, leur fonctionnement. Enfin, tu les aimeras peut-être après. Il me semble que le monde vit dans un grand grabuge en ce moment. Dans les journaux, rien que guerre ou bruit de guerre, grèves et probabilités de plus de grèves …

 

Lettre de Suzanne de Diétrich (Genève, 13 rue Calvin) à Walter M. Morton (Oberlin College, Oberlin, OHIO) datée du 12 juin 1941 – Fonds BNUS

 

Oberlin College must be interested in my native Alsace. The resistance of the people has been magnificent there but it is a regime of terror. By now about all the members of my own family are expelled. The real tragedy to my mind is the fate of the children who are drilled into Nazi methods and conception of life. If this were to last long, the consequences would be terrible. The great issue of the present situation is not the killing of bodies but the killing of souls. And yet God reigns and therefore we may look unafraid towards the future. The call of the times is a mighty call. If your American Christian students hear that call they have great days of strife and struggle and conquering faith before them.

 

Lettre de Jules Breitenstein : (Le Diétrich N°8)

 

Tu as une bonne plume et tu t’en sers bien. Je te lis toujours avec une pleine approbation, car je crois que nous évoluons dans le même sens, parallèlement. Et tout cas il n’y a guère de penseur chrétien que je comprenne si bien et qui me donne une réelle satisfaction. Tu as une sorte de pudeur spirituelle et un souci constant d’unir la vie religieuse et la vie morale qui me rappellent tout à fait le vrai Jésus, celui des Synoptiques, et le vrai Évangile. Je déteste les étalages mystiques et les grandes phrases dont on se grise pour oublier de vivre dans la prose d’ici bas. Jésus a été merveilleusement sobre. Il n’a pas fait de théories ni élaboré de programmes, il a vécu et il a certainement plus vécu qu’il n’a parlé, tandis que nous sommes des bavards …

 

Je te souhaite de bien te reposer en Alsace, tu en as besoin, tu en as le droit. Ne te gaspille pas car tu ne sais pas combien d’âmes t’aiment – et de quelle manière- et regardent à toi. Pour moi, je t’embrasse comme un père, bien content et fier de sa fille.

 

Genève, 8 juillet 1922 (fonds BNUS)

 

Le pasteur Breitenstein fut un père spirituel pour SDD. Il a vu très tôt se dessiner en elle une grande spiritualité et l’a vivement encouragée.

 

Extrait de Hommes libres (Suzanne de Diétrich, Hommes libres, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1957)

 

• Hommes libres, pages 13-14 : (Le Diétrich N°6)

En n’acceptant pas la destinée que Dieu leur avait faite, en voulant être leurs propres maîtres, les êtres humains se sont coupés de Dieu, mais aussi du prochain. Ils sont désormais comme des toupies qui tournent sur elles-mêmes ; elles tournent, tournent et se heurtent l’une l’autre. Tout cela tournant sur soi-même. En nous détachant de Dieu nous avons détruit l’amour ; nous avons détruit toute liberté vraie dans les rapports humains.

 

• Liberté du travailleur (Hommes libres, page 113)

En quoi consistera dans une perspective chrétienne, la liberté du travailleur ? Elle n’exclura pas la diversité des fonctions : il faut dans tout travail organisé des spécialistes et des manœuvres ; il faut des hommes qui organisent le travail et aient à tous les échelons la responsabilité du commandement. Toutefois, la dignité du travailleur veut qu’il soit traité non comme une chose mais comme un homme, que son travail soit reconnu et respecté, qu’il ait la possibilité de choisir son métier et de mettre en valeur ses dons, qu’il puisse jouir des biens que son Créateur a mis à la disposition des hommes – fonder, nourrir, loger une famille, se reposer, s’instruire, garder les contact avec la terre, avec la nature …

 

Rédigé par Henri Parlier

 

Lien vers la vidéo de la conférence :

Afin de visualiser les vidéos il est nécessaire d'accepter les cookies de type analytics

Contact