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Prédication d'Isabelle Béchon sur Jérémie 20, 7-9 ; Romains 12, 1-2 ; Matthieu 16, 21-27 au temple d'Auteuil le dimanche 30 août 2026

Textes bibliques

Jérémie 20, 7-9

SEIGNEUR, tu as abusé de ma naïveté, oui, j’ai été bien naïf ; avec moi tu as eu recours à la force et tu es arrivé à tes fins.

A longueur de journée, on me tourne en ridicule, tous se moquent de moi.

Chaque fois que j’ai à dire la parole, je dois appeler au secours et clamer : « Violence, répression ! »

A cause de la parole du SEIGNEUR, je suis en butte, à longueur de journée, aux outrages et aux sarcasmes.

Quand je dis : « Je n’en ferai plus mention, je ne dirai plus la parole en son nom », alors elle devient au-dedans de moi comme un feu dévorant, prisonnier de mon corps ; je m’épuise à le contenir, mais n’y arrive pas.

 

Romains 12, 1-2

Le culte spirituel : la vie nouvelle

Je vous exhorte donc, frères, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : ce sera là votre culte spirituel. Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait.

 

Matthieu 16, 21-27

Jésus annonce sa passion et sa résurrection

A partir de ce moment, Jésus Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter. Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander, en disant : « Dieu t’en préserve, Seigneur ! Non, cela ne t’arrivera pas ! » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Retire-toi ! Derrière moi, Satan ! Tu es pour moi occasion de chute, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

Conditions pour suivre Jésus

Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu’il me suive. En effet, qui veut sauvegarder sa vie, la perdra ; mais qui perd sa vie à cause de moi, l’assurera. Et quel avantage l’homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il le paie de sa vie ? Ou bien que donnera l’homme qui ait la valeur de sa vie ? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; et alors il rendra à chacun selon sa conduite.

 

 

Prédication

Des textes spécialement difficiles aujourd’hui je trouve. Quand je suis invitée à assurer le culte, j’ai pris pour habitude d’utiliser toujours les textes du jour, un peu par facilité, pas besoin de perdre du temps à chercher sur quoi prêcher, et puis notre Eglise a pris la peine de proposer une liste de textes pour les dimanches et les fêtes, autant l’utiliser. Ce serait encore plus simple de recycler une de mes prédications précédentes, mais je n’aime pas me répéter et certains auditeurs attentifs pourraient y reconnaitre du « déjà entendu ». Facilité aussi d’accepter ces textes du jour parce que l’Eglise Protestante Unie propose des notes bibliques et prédications pour la majeure partie de ces lectures bibliques pour les dimanches. Ces notes peuvent permettre de débroussailler le terrain, fournissent des éléments de contexte ou des références, et des éléments de prédications. De temps en temps une prédication complète, mais comme je n’aime pas me répéter, je n’aime pas non plus lire le texte écrit par quelqu’un d’autre, fusse un pasteur… Alors j’essaye de construire quelque chose qui me parle à partir de ces éléments, de mes propres réflexions, de mon état d’esprit au moment où j’écris, de ce que j’ai envie de partager avec vous. Ce n’est pas une parole de vérité mais des éléments pour réfléchir et progresser ensemble.

 

Des textes difficiles donc, autour de la vocation. Vocation de prophète de Jérémie qui doit rappeler à ses contemporains leur infidélité envers Dieu, subir leurs sarcasmes en échange et les appeler à demander pardon à Dieu, sans grand succès. Pourquoi continuer à le faire ? Vocation dans l’épitre aux Romains des premiers chrétiens à s’offrir en sacrifice. Mais quel sacrifice ? Annonce dans l’évangile de Matthieu de la Passion et de la Résurrection et appel du Christ à le suivre et perdre sa vie à cause de lui. Mais pourquoi et pour quoi perdre sa vie ?

 

Qu’est-ce que ces appels, valables dans le passé, veulent dire pour nous ? Les recevons-nous personnellement ? Que pouvons-nous en tirer dans notre vie, dans nos interactions en société ? Même si les circonstances sont différentes entre le temps de Jérémie, celui de Jésus et des premiers chrétiens, et le nôtre, les êtres humains n’ont pas vraiment changé, il y a toujours des guerres et des violences de toutes sortes, de la haine, la peur de l’autre, des malheurs qui peuvent sembler frapper aveuglement, des difficultés de toutes sortes. Mais aussi des hommes et des femmes qui essayent de « bien » agir, de corriger ce qui empêche d’être heureux, d’aider les autres, de vivre selon l’enseignement de l’Evangile ou selon ce qui leur semble bien et juste. Les valeurs de l’Evangile ne sont pas réservées aux seuls chrétiens.

 

Jérémie est forcé par Dieu d’annoncer l’épouvante, la mort ou la déportation à Babylone comme châtiment de ceux qui ont prophétisé et écouté une prophétie de fausseté, qui ont brulé des offrandes à d’autres dieux, fait des holocaustes à Baal. Et pour ces prophéties, Jérémie est tourné en ridicule, diffamé, outragé. Ces versets que nous avons lus font partie des « confessions de Jérémie » où il se plaint de sa situation, par suite des prophéties qu’il est obligé de prononcer. Une vocation non demandée, non souhaitée, dont il veut se débarrasser, mais il ne le peut pas, Dieu ne lui en laisse pas la possibilité.

 

Au chapitre 22 de ce même livre de Jérémie, aux versets 3 et 5, nous trouvons des exhortations qui nous parlent, qui sont proches du message du Nouveau Testament « Ainsi parle le Seigneur : défendez le droit et la justice, délivrez le spolié de la main de l’exploiteur, n’opprimez pas, ne maltraitez pas l’immigré, l’orphelin et la veuve, ne répandez pas de sang innocent en ce lieu… si vous n’écoutez pas ces paroles, je le jure par moi-même – oracle du Seigneur – cette maison deviendra un monceau de ruines ».

 

Jérémie a été mis au pilori, jeté dans une citerne, ses écrits jetés au feu, réécrits… Mais quand il veut arrêter de prophétiser, la Parole « devient au-dedans de moi comme un feu dévorant, prisonnier de mon corps ; je m’épuise à le contenir, mais n’y arrive pas. » Vocation terrible.

 

C’est seulement avec le chapitre 30 et quelques suivants que Jérémie est appelé à prophétiser la restauration d’Israël et de Juda avec une nouvelle alliance. Mais la majeure partie de ses écrits prophétisent le malheur pour ceux qui n’ont pas écouté le Seigneur.

 

Dans l’épître aux Romains, Paul leur demande de s’offrir « en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu ». Il ne s’agit pas de mourir en martyr (du moins ce n’est pas ce qu’il demande tel que je le comprends puisqu’il s’agit de « sacrifice vivant ») mais de se conformer en permanence à la volonté de Dieu dans la vie de tous les jours, au-delà de ce qui peut se passer dans le « monde présent ». Discerner ce qui est bien, agréable et parfait pour Dieu, grâce au renouvellement de notre intelligence, avec une transformation personnelle. Il ne s’agit pas de devenir des surhommes ou des surfemmes, les versets suivants de l’épitre le disent bien « n’ayez pas de prétentions au-delà de ce qui est raisonnable, soyez assez raisonnables pour n’être pas prétentieux, chacun selon la mesure de foi que Dieu lui a donnée en partage. En effet, comme nous avons plusieurs membres en un seul corps et que ces membres n’ont pas tous la même fonction, ainsi, à plusieurs, nous sommes un seul corps en Christ, étant tous membres les uns des autres, chacun pour sa part ». Dons de prophétie, du service, d’enseigner, d’exhorter. Donner sans calcul, avec zèle, avec joie. C’était demandé aux chrétiens romains mais cela s’applique également à nous, encore aujourd’hui. Et nous sommes appelés à le vivre en communauté, à Auteuil et dans la cité, quotidiennement. Nous avons tous vocation à vivre selon l’Evangile, à le transmettre et rendre vivant son message, chacun selon nos envies, nos moyens, notre temps… et les besoins.

 

C’est un sacrifice parce que Paul nous demande de faire ce qui est agréable à Dieu, ce qui est bien, d’aller vers les autres, pas de rester dans notre petit confort ou de faire notre propre volonté. Une vocation universelle au contraire de celle de Jérémie. Plutôt joyeuse celle-ci puisqu’il s’agit de faire ce qui est bien. Même si cela n’est pas toujours facile, ou peut nous décourager, les défis étant immenses et n’étant pas à la portée d’un individu. Je rappellerai ici notre Déclaration de foi de 2017 : Dieu « nous appelle, avec d’autres artisans de justice et de paix, à entendre les détresses et à combattre les fléaux de toutes sortes : inquiétudes existentielles, ruptures sociales, haine de l’autre, discriminations, persécutions, violences, surexploitation de la planète, refus de toute limite. ». Et ainsi, de « témoigner de l’amour de Dieu, en paroles et en actes ». Tout est dit, et cela fait du pain sur la planche. Dans notre société, entre les peuples. Et nous ne sommes pas seuls, c’est bien « avec d’autres artisans de justice et de paix », pas seulement l’Eglise Protestante Unie, les Chrétiens ou ceux qui croient en un Dieu. Nul n’a le monopole d’un message simple qu’on pourrait considérer comme universel « Aimez-vous les uns les autres ». Et agissons en conséquence.

 

La partie de l’Evangile de Matthieu que nous avons lue est la première annonce par le Christ de sa Passion, de sa mort et de sa résurrection, complétée par les principales conditions indiquées par Jésus pour le suivre. Conditions difficiles, exigeantes « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix, qu’il me suive. En effet, qui veut sauvegarder sa vie, la perdra ; mais qui perd sa vie à cause de moi, l’assurera. Et quel avantage l’homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il le paie de sa vie ? ». On peut penser ici à la tentation du Christ dans le désert après son baptême et après 40 jours de jeûne quand le diable, après les pierres transformées en pains et les anges qui l’empêcheraient de chuter, lui propose, « tous les royaumes du monde avec leur gloire » en échange de son adoration et que le Christ refuse car il rappelle au diable qu’il est écrit « le Seigneur ton Dieu tu adoreras et c’est à lui seul que tu rendras un culte ». Il nous faut, encore aujourd’hui, discerner les tentations de ce qui est bien, agréable et parfait pour Dieu, on en revient au texte de l’épitre aux Romains. Il ne s’agit plus forcément de devenir martyr pour suivre le Christ et témoigner comme l’évangéliste l’avait peut-être en tête quand il a écrit son texte dans le courant du 1er siècle. Mais suivre le Christ en suivant ses enseignements, que cela soit une priorité dans notre vie, un sacrifice offert quelles que soient les conséquences. Que notre priorité ne soit pas de « gagner le monde entier », on pourrait dire réussir socialement et financièrement à tout prix, si notre façon de réussir devait être contraire à ce que le Christ attend de nous. Et une « réussite » aux yeux de la société peut aussi se faire selon les enseignements du Christ et au bénéfice de ceux qui en ont besoin, de multiples manières : Christianisme social, développement de l’enseignement pour tous, éthique de comportement, utilisation de ses biens, temps offert, écoute, soutien des faibles.

 

Nous risquons peu en France de mourir pour le Christ comme les premiers chrétiens simplement en portant témoignage. Malgré tout, nos vies ou celles de nos voisins, que ce soit en France ou ailleurs, sont menacées par les guerres, les catastrophes naturelles, les maladies, la pauvreté, la violence quotidienne, le chômage, la solitude, l’absence de perspective. Et je veux aussi penser particulièrement à ceux qui, Chrétiens ou pas, croyant en un Dieu ou une entité supérieure ou pas, croyant en une vie après la mort ou pas, mettent quotidiennement leur vie en danger, au près ou au loin, pour nous, pour notre sécurité, notre mode de vie en liberté et démocratique.

 

Comme il est aussi écrit dans notre Déclaration de foi « une brèche s’est ouverte avec Jésus » et « Dieu brise la puissance de la mort ». Le Christ a ouvert une voie, à nous de vivre notre vie sans crainte de la mort, avec confiance même si aucun de nous ne sait ce que l’avenir ou l’après la mort sera réellement. En attendant, et sans crainte, nous pouvons nous montrer dignes de l’enseignement du Christ et de la volonté de Dieu en agissant pour éloigner des autres le malheur et la mort, dans cette vie sur terre qui vaut la peine d’être vécue, avec ses joies et ses peines peut-être, mais qui ne doit pas être une attente d’une vie après la mort qui conduirait à tout accepter, à profiter soi-même, à ne pas s’occuper des autres, à juste attendre l’après. Ce n’est pas le message du Christ tel que je le comprends.

 

Refuser l’inacceptable et apporter sa pierre pour combattre la haine, la convoitise, la recherche de pouvoir pour le pouvoir. Apporter amour, générosité, partage à ceux qui en ont besoin, selon nos moyens, seul ou à plusieurs, s’offrir en sacrifice vivant pour porter le message du Christ et le rendre toujours plus vivant, contribuer de cette façon à mieux faire connaitre ce message par l’exemple que nous donnons, en témoins vivants. En nous aidant les uns les autres, on est plus fort ensemble. Portés par l’amour du Christ qui a donné sa vie pour nous, et est ressuscité, j’ai cette espérance. « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimé. »

 

Suivre l’exemple des générations qui nous ont précédé, de ceux qui sont morts pour leur foi, de ceux qui ont agi pour cette même foi, portés par la grandeur de l’amour de Dieu pour ses créatures, permettant ainsi à d’autres humains de croire dans le Dieu de Jésus Christ.

 

« L’Église protestante unie de France se comprend comme l’un des visages de l’Église universelle. » comme écrit dans notre Déclaration de foi. J’ai participé à cette rédaction au synode national de 2017 et pour moi il s’agit de reconnaitre les autres Eglises chrétiennes comme portant témoignage (il n’y a pas une Eglise universelle institutionnelle sur terre) mais aussi au-delà que d’autres, se réclamant d’autres traditions ou sans tradition religieuse, peuvent oeuvrer à un monde meilleur sur Terre, en portant des valeurs d’humanité. Nous ne prétendons pas détenir la Vérité, notre foi vient du Christ et de son message encore valable pour tous 2000 ans après son passage sur terre. Puissions-nous porter ce message en son nom et avec tous les hommes et femmes de bonne volonté. Ensemble on est plus fort !

 

Que ce soit notre bonne résolution pour la rentrée, d’assumer notre vocation de porter témoignage concrètement, un appel de notre Dieu pour chacun de nous, selon nos compétences, les circonstances, les demandes…

 

Et comme un autre guide, venu de l’autre bout de la terre, Bouddha, l’a dit : « Une seule bougie peut en allumer des milliers, et la durée de vie de la bougie n’en sera pas écourtée. Le bonheur n’est jamais diminué du fait d’être partagé. »

 

Amen

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