Tribune libre

Jeanne Chaillet nous raconte ses souvenirs d'un Noël Alsacien

Nous étions en guerre, mais dans notre petite ville d’Alsace entourée de champs et de vignes, nous ne manquions de rien… sinon que notre situation comportait quelques désagréments.

Ma mère, ma sœur Jacqueline et moi, nous habitions une grande et belle maison, et fatalement nous devions la partager avec quelques officiers allemands. Maman nous avait interdit de leur parler ou de leur répondre, parce qu’ils étaient les ennemis de la France ; je me souviens que l’un deux s’était accroupi devant moi et m’avait très gentiment dit qu’il avait une jolie petite fille blonde comme moi ; il s’exprimait dans un alsacien étrange qu’on appelait l’allemand mais que je comprenais très bien ; j’ai pris la fuite comme il se devait, mais tous ces messieurs étaient charmants.

 

Cependant tous les soirs, Maman s’enfermait avec nous dans sa chambre. Elle sortait alors de sa coiffeuse un portrait de notre père qu’elle caressait longuement en nous disant que nous le reverrions un jour, et nous avons vite compris que ce serait au ciel ; nous ne posions aucune question sur lui car notre mère nous imposait immédiatement le silence ; nous en avions parlé avec notre tante Hélène en lui demandant si papa était mort et elle nous avait répondu que nous ne devions jamais prononcer ce mot devant Maman car cela la ferait pleurer… Lire la suite

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